RÉPERTOIRE
Requiem pour un trompettiste
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COÏT INTERROMPU? ET REVENU!
PAR PATRICK VOYER
Quoi de mieux qu’une pièce à la mise en scène révolutionnaire et au sujet aussi croustillant que la magouille politique pour se faire les dents en cette soirée d’ouverture du Festival Zones Théâtrales au Studio du CNA?
« Requiem pour un trompettiste » se regarde comme un classique des années 40, à croire que l’atmosphère « cigarette-trompette » nous emprisonne dans une vétuste pellicule qui se déroule lent-te-ment. L’auteur et metteur en scène Claude Guilmain a joué d’audace en laissant le spectateur digérer son œuvre en deux temps. Que l’on décide de commencer par les scènes du bureau ou celles de la chambre, les deux s’entrecoupent et, quand la lumière se ferme à la toute fin, toutes les pièces du puzzle s’emboîtent les unes dans les autres pour accoucher d’un thriller sexy et macho.
Guilmain s’est inspiré des événements tragiques survenus à Walkerton pour taper sur le clou des politiques douteuses que les responsables enterrent pour ne pas perdre leur cravate. Une mauvaise décision du maire Rosaire Groulx (Roch Castonguay est impeccable dans son rôle véreux) éclabousse les mauvaises chaussures et c’est le jeu de la projection et de la tergiversation qui commence. Ses adjoints Lapointe et Rivard (Stephan Cloutier et Tony Nardi font la paire) se dépersonnalisent, que Zupan, le bouc émissaire, et Mlle Lamarche (brillante Nathalie Nadon), essaient de s’extirper des fils tissés par Groulx.
Si la conclusion est quelque peu facile, les moyens pour s’y rendre font tout le charme de la pièce. Accompagnés par les compositions enivrantes de Claude Naubert, les acteurs sautent d’un tableau à l’autre en laissant des miettes de pain derrière eux. Le public les ramasse, mais n’arrive pas à les apprécier avant l’orgasme final, avant que la complémentarité ne fasse ses preuves. Ce suspense est la clé. La farce est si bien montée qu’on se laisse prendre dans tous les sens.
En tant que brave qui ! se lance à l’assaut, l’équipe technique a trébuché sur quelques rochers, mais s’est tout de même fait aider par la magie des acteurs. Les longueurs remarquées à quelques occasions donnent le temps à la salle de fumer la moitié de la cigarette grillée sur scène et d’écouter sans peine les notes livrées par Kevin Turcotte, Marc Auguste Jr., Dave Powell, Sly Juhas et Darren Wall.
Et si ces trous noirs étaient métaphoriques? Claude Guilmain ne voulait-il pas rire de ces politiciens qui gaspillent les précieuses heures qui font parfois basculer les électeurs entre la vie et la mort? Enfin, il nous aura fait comprendre deux choses avec ce génial concept : quand la soupe est chaude pour le cuisinier, les carottes sont toujours plus cuites pour le client et on ne peut pas camoufler l’évidence, même si une horde de chacals se transforment en Pinnochios pour nous garder la tête hors de l’eau?
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